JDLE14/04/2008
Alors que l’Ademe élabore une nouvelle méthodologie destinée à mesurer l’impact environnemental des agrocarburants de première génération, Diane Vandaele, chargée de mission agriculture et
changement climatique au sein du Réseau action climat France, revient pour le JDLE sur les méthodes de calcul utilisées.
Pourquoi la méthode de l’Ademe avait-elle besoin d’être réactualisée?
La première étude sur l’impact environnemental des agrocarburants de première génération a été réalisée avec la Direction des ressources énergétiques et minérales (Direm) en 2002. La méthodologie
utilisée a, par la suite, été controversée. Le Réseau action climat France (Rac-F) a remis en cause les méthodes de calculs dès 2005, tout comme l’Institut national de recherche agronomique
(Inra) dans un article sur l’ambivalence des filières agrocarburants. Il s’est avéré aussi qu’aux échelles européennes et internationales, les études sur leurs bilans énergétiques et d’émissions
de gaz à effet de serre (GES) utilisaient une autre méthodologie. On ne compte plus aujourd’hui le nombre d’études qui remettent en cause l’intérêt des agrocarburants et dénoncent leurs impacts
collatéraux sur l’environnement.
Finalement, le Grenelle de l’environnement a conclu, en octobre 2007, qu’une nouvelle étude «exhaustive et contradictoire» devait être demandée à l’Ademe.
Comment calcule-t-on l’impact environnemental d’un agrocarburant?
Il existe plusieurs méthodologies, qui donnent des résultats différents. Celle qu’a utilisée l’Ademe en 2002, dite de l’imputation massique, consiste à affecter les consommations énergétiques et les émissions de GES aux agrocarburants et à leurs coproduits selon leur masse. Cette méthode est simple à mettre en œuvre mais elle ne reflète pas la réalité car les coproduits sont parfois très lourds (vinasses des filières éthanol par exemple). Ils supportent donc une grande part des coûts énergie et GES, améliorant artificiellement les bilans des agrocarburants.
Et les deux autres?
L’imputation au contenu énergétique, plus conforme à la réalité, consiste à affecter les consommations énergétiques et les émissions de GES aux agrocarburants et aux coproduits au prorata de leur contenu énergétique. Enfin, la méthode systémique –ou des impacts évités– fait, quant à elle, supporter la totalité des coûts énergétiques et des émissions de GES aux agrocarburants, puis retire les dépenses énergétiques liées à la production des produits auxquels se substituent les coproduits. Par exemple, pour la filière éthanol de blé, les drèches peuvent se substituer, en alimentation animale, à une partie des tourteaux de soja. Dans ce cas, l’équivalent de la dépense énergétique liée à la fabrication du tourteau de soja (depuis la culture jusqu’à la fabrication du tourteau) est retranché des dépenses énergétiques de la production d’éthanol. Il s’agit de la meilleure méthode, même si elle est parfois difficile à mettre en œuvre.
Quelle méthode a été choisie par l’Ademe cette fois-ci?
Le RAC-F faisait partie du comité technique de l’étude de l'Ademe sur le référentiel des bilans d’énergie et de GES des agrocarburants de première génération. Il semble bien que la méthode retenue sera celle de l’imputation au contenu énergétique et celle des impacts évités sera utilisée quand c’est possible. Il s’agit donc d’un pas en avant! Cependant, les filières d’importation ne seront pas étudiées, alors que les agrocarburants produits dans les pays du Sud peuvent avoir un impact important sur les émissions de GES, notamment à cause de la déforestation, et que la France aura certainement recours à ces importations si elle maintient ses objectifs d’incorporation.
Quelles sont les prochaines étapes?
La première phase de l’étude de l'Ademe sur la méthodologie de calculs devrait être rendue très prochainement. Le seconde phase, qui portera sur les calculs à proprement parler, suivra. Ce n’est qu’alors que nous pourrons savoir réellement quel est l’intérêt du développement des agrocarburants dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour l’indépendance énergétique de la France. Les conclusions ne doivent pas être anticipées! Espérons que ces données arriveront assez tôt pour que la loi de Grenelle en tienne compte et pour que la France, qui aura la présidence de l’Union européenne à partir de juillet, puisse prendre les mesures appropriées et en pleine connaissance de cause.
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